Photo de la condamnée à la peine capitale Christa Pike, fournie par l'administration pénitentiaire de l'Etat américain du Tennessee, datée du 12 janvier 2023 ( Tennessee Department of Correction / Handout )
La condamnée qui a survécu à deux injections létales dans le Tennessee, Christa Pike, se trouvait toujours dans un état critique jeudi, au lendemain de l'échec sans précédent de cette exécution qui relance les interrogations sur la peine capitale aux États-Unis.
Le Tennessee a suspendu jusqu'à nouvel ordre les exécutions et ordonné une enquête indépendante après la mise à mort manquée mercredi soir de Christa Pike, 50 ans, qui devait être la première femme exécutée depuis plus de 200 ans dans cet État du Sud.
"Ce qu'on nous a dit, c'est qu'elle est dans un état critique", a déclaré un de ses avocats, Randy Spivey, exhortant le gouverneur républicain du Tennessee, Bill Lee, à "commuer la peine de Christa maintenant".
"Après avoir subi plus de 20 ans de détention à l'isolement et une tentative complète de la tuer par injection létale, Christa est la personne qui a subi le plus grand châtiment de toute l'histoire de la peine de mort aux États-Unis", a-t-il fait valoir.
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Volker Türk, a appelé le Tennessee à renoncer définitivement à l'exécuter, soulignant "les souffrances prolongées — tant physiques que psychologiques — causées par plusieurs tentatives d'exécution infructueuses".
Le gouverneur, qui avait déjà refusé lundi de commuer sa peine, a néanmoins laissé entendre qu'il n'avait pas renoncé à l'exécution de Christa Pike.
"Ma responsabilité est de faire appliquer les sentences prononcées par les jurys du Tennessee, même lorsque c'est difficile, et c'est exactement ce que nous avons l'intention de faire", a déclaré jeudi Bill Lee.
Moratoire
Robin Maher, directrice de l'observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC), a dénoncé dans un communiqué "une exécution ratée sans comparaison à l'époque moderne".
"Ce qui est sans précédent est qu'une personne reçoive deux doses de solution létale et soit encore vivante après", a expliqué à l'AFP Laura Porter, directrice d'une coalition d'organisations américaines luttant pour l'abolition de la peine de mort.
L'administration pénitentiaire du Tennessee a affirmé avoir suivi à la lettre le protocole adopté depuis la reprise des exécutions dans l'État en mai 2025, après un moratoire de trois ans. Le gouverneur l'avait décrété à l'époque en raison de défaillances dans la vérification de la solution mortelle administrée à un condamné.
Le président républicain Donald Trump, fervent partisan de la peine capitale, s'est exprimé jeudi sur cette affaire, bien que les exécutions dans le pays relèvent dans leur immense majorité des États et non des institutions fédérales. "Cela ne devrait pas être très difficile" de réaliser une exécution par injection létale, a-t-il estimé jeudi.
Depuis le début de l'année, 29 exécutions ont été réalisées aux États-Unis, dont 16 pour la seule Floride (sud-est), toutes par cette méthode.
Selon des témoins et ses avocats, Mme Pike a continué à respirer et à ronfler de façon audible après deux injections de pentobarbital, un puissant barbiturique.
"Plusieurs fois, elle a regardé dans la pièce. A un moment, elle a demandé à des responsables de la prison si elle était censée se sentir comme ça", a raconté Kim Chandler, une journaliste de l'agence Associated Press, présente à titre de témoin.
Suspense judiciaire
La Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, avait autorisé mercredi cette exécution, au terme d'une journée d'intense suspense judiciaire.
Elle avait annulé un sursis accordé in extremis dans la matinée par une cour d'appel fédérale afin d'examiner un recours portant sur les violences traumatiques subies par Christa Pike.
Ses avocats affirment que sa défense lors de son procès en 1996 n'avait pas invoqué les circonstances atténuantes qui auraient dû lui bénéficier, dont les traumatismes et les violences, en particulier sexuelles, subies depuis son plus jeune âge.
La dernière exécution d'une femme aux États-Unis remonte à celle en 2023, dans le Missouri (centre), d'Amber McLaughlin, également la première femme transgenre exécutée dans le pays.
Seules 18 femmes ont été exécutées depuis le rétablissement de la peine capitale aux États-Unis en 1976, soit à peine plus d'1% du total, selon le DPIC.
Christa Pike a été condamnée à la peine capitale pour le meurtre en 1995 de Colleen Slemmer, 19 ans, alors qu'elle-même avait 18 ans. Ses deux complices, également adolescents, ont échappé à la peine de mort.
La peine capitale a été abolie dans 23 des 50 États américains. Trois autres, la Californie, l'Oregon et la Pennsylvanie, observent un moratoire des exécutions.

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